Allais inspire, respire et il est de retour vers le futur ! (Partie 1)
Parcelle de vie…
Alphonse Allais n'était pas seulement un virtuose des lettres ; il s'est également illustré dans la peinture, notamment en tant qu'artiste "monochroïdal" et cela bien avant qu'Yves Klein ne popularise le monochrome. En serait-il donc l’inventeur ? C'est une question complexe, sources de débats animés. « Qui a fait quoi et quand ? Mais où est donc passé or, ni, car ? Ne nous frappons pas* !!! » est notre réponse afin de désamorcer toute polémique potentielle !
Les Arts Incohérents et Œuvres Monochromes
L'histoire de cette aventure monochroïdale commence en 1882 lors de la première exposition des Arts Incohérents organisée par Jules Lévy à son domicile. Le leitmotiv de cette exposition est de faire rire ! Un dessin d’une personne ne sachant pas dessiner est une œuvre incohérente. « Naissance d’un mouvement ». Tous les matériaux peuvent être utilisés, toutes les inspirations, tous les thèmes, seul règlement : « Toutes les œuvres sont admises, les œuvres sérieuses et obscènes exceptées. » Ce premier événement est un franc succès. Les Parisiens y découvrent l’œuvre de Paul Bilhaud intitulée "Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit". Cette toile, entièrement noire, suscite l'intérêt et l'amusement des visiteurs, parmi eux Alphonse Allais. Inspiré par l'audace de Bilhaud, Allais décide de pousser le concept encore plus loin.
Un an plus tard, en octobre 1883, la première exposition “officielle” des Arts Incohérents (la deuxième donc) est organisée dans une pièce de la galerie Vivienne. Alphonse Allais y expose au mur un simple bristol blanc intitulé "Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige".
Jusqu’en 1886, les expositions s’enchaînent, que ce soit à la galerie Vivienne ou à l'Éden-Théâtre, rue Boudreau.
L'Album Primo-Avrilesque
En 1897, Alphonse Allais compile ses créations monochromes dans un "Album Primo-Avrilesque". Ce recueil rassemble sept œuvres, chacune accompagnée d'une description humoristique.
L'album se clôt avec une pièce musicale unique : la "Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd", une partition vierge de vingt-quatre mesures intitulée "Lento rigolando", où les musiciens sont invités à "uniquement s’occuper à compter des mesures".
Lire l’article également : A COMME … ALBUM PRIMO-AVRILESQUE
Allais Inspirations Directs et Indirects
En 2015, la galerie Tretiakov de Moscou a fait une découverte étonnante grâce à la technologie numérique. Lors de l'examen du célèbre "Carré noir sur fond blanc" de Kazimir Malevitch, datant de 1915, les experts ont identifié deux toiles cachées derrière cette œuvre emblématique. Plus intrigant encore, ils ont trouvé une inscription inattendue et controversée. Selon Irina Vakar, spécialiste du peintre, cette référence est directement liée à Alphonse Allais…
Au contraire de Malevitch, l’œuvre silencieuse de John Cage, « 4’33'' », composée en 1952, ne partage aucun lien direct avec la "Marche funèbre" d’Allais, bien que des similitudes frappantes dans la démarche puissent être observées. Les deux œuvres explorent le concept du silence et de l’absence en tant que formes d’expression artistique.
Le ready-made "Air de Paris" de Marcel Duchamp, souvent associé à l'ampoule pharmaceutique, a suscité des comparaisons avec un texte tiré du recueil d'Alphonse Allais intitulé "Ne nous frappons pas". Toutefois, Duchamp a affirmé n'en avoir jamais eu connaissance, et la proposition d’Allais diffère sensiblement de la réalisation de Duchamp. Malgré cette déclaration, la comparaison suggérée par André Breton soulève la possibilité d'une influence ou tout au moins d'une similarité conceptuelle entre les deux œuvres. L'origine de ce ready-made reste donc énigmatique, ajoutant une couche de mystère… Allais Mystères et boules de gomme !
Ces parallèles mettent en lumière la portée prophétique et multidimensionnelle des créations d'Allais, confirmant ainsi son rôle de précurseur dans divers domaines artistiques.
En 2023, l'artiste Christophe Bruno ravive l'esprit d'Alphonse Allais à travers une série de travaux intitulée « A.A. vs. A.A. : Alphonse Allais contre l’Art Artificiel ». Ces œuvres revisitent l’« Album Primo-Avrilesque » en utilisant des intelligences artificielles telles que ChatGPT, Midjourney ou Dall-E. Cette mise en abyme de la question du monochrome à l’ère du "prompt" reprend donc la forme de son album pour apporter une réponse ferme et définitive à la question : les artistes doivent-ils craindre l’Intelligence Artificielle ?
Lien vers la page de Christophe Bruno
Allais es-tu là ?!