Philippe Davis Président de l’Association des Amis D’Alphonse Allais

Depuis 2022, l'Académie Alphonse Allais apporte son précieux soutien aux événements que nous organisons. Philippe Davis, président de cette association, nous a fait l'honneur de nous accorder un entretien. Au fil de cette conversation, il partage les circonstances de sa rencontre avec les membres de l'Académie, parmi lesquels on peut compter Pierre Arnaud de Chassy-Poulay ou encore Henri Janson. Il évoque également son parcours qui l'a conduit à prendre la présidence des quatre A (l’Association des Amis d’Alphonse Allais).

PHILIPPE DAVIS Président de l’Association des Amis D’ALPHONSE ALLAIS

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Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Alphonse Allais ? 

Ne soyez pas trop méchants avec moi ! Je n'ai jamais rencontré Alphonse Allais ! … Alphonse Allais est né en 1854 à Honfleur et mort à Paris en 1905. Je suis né quelques années après, donc je ne l’ai jamais croisé. En revanche, très jeune, c'est-à-dire étudiant, je me délectais des aphorismes de Pierre Dac, de Francis Blanche et aussi d'Alphonse Allais. Mais je connaissais plutôt Pierre Dac et Francis Blanche, que l'on entendait assez régulièrement à la radio dans des feuilletons comme "Signé Furax". J'ai donc, dès mon jeune âge, développé un goût pour l'absurde. Cette première "rencontre" avec Alphonse Allais s’est déroulée vers l’âge de 15 ans.

Comment avez-vous fait la connaissance de l'Académie et comment avez-vous été élu président ?

C'est assez cocasse. À l'époque, j'étais chasseur de tête et également membre d'une organisation extrêmement sérieuse appelée le Cercle d'Éthique des Affaires (CEA). C'était un peu le début de l'éthique dans les entreprises. On ne s'amusait pas beaucoup dans cette organisation et les conseils d'administration étaient parfaitement sinistres.

Un soir de 2003, j'étais assis à côté d'un collègue administrateur qui s'ennuyait autant que moi. Il s'est tourné vers moi et m'a dit : "Écoutez, si vous voulez vous amuser ce soir et si vous êtes libre, je vous emmène à Montmartre dans un cabaret qui s'appelle « La Crémaillère ». Il y a des hurluberlus qui vont introniser Jean-Jacques Sempé, le dessinateur.".

J'ai donc accepté son invitation et je me suis rendu à ce dîner à « La Crémaillère », qui était et est toujours le siège social de l'Association des Amis d'Alphonse Allais. J'ai assisté à l'intronisation de Jean-Jacques Sempé à l'Académie Alphonse Allais. Le président à de l'époque était Pierre Arnaud de Chassy-Poulay, metteur en ondes de Pierre Dac et Francis Blanche dans le feuilleton radiophonique "Signé Furax". Chaque épisode, d'une dizaine de minutes, se terminait par : "Et de qui est la mise en ondes ? Mais de Pierre Arnaud de Chassy-Poulay, bien sûr !". 

Pierre Arnaud de Chassy-Poulay était un homme de son et de lumière. En dehors de ses activités à la radio, il avait créé avec son ami historien André Castelot les 110 plus grands sons et lumières dans le monde.

En 2003, Pierre Arnaud de Chassy-Poulay était déjà âgé. J'ai sympathisé avec lui et il m'a invité à devenir administrateur de l'Association des Amis d'Alphonse Allais et de son Académie. Je suis donc passé du conseil d'administration du Cercle d'Éthique des Affaires, une organisation extrêmement sérieuse, à celui de cette académie avec des gens qui l’étaient beaucoup moins…

Je me suis rapidement aperçu qu'autour de la table du conseil d'administration, il n'y avait que des octogénaires. Moi, je passais pour un jeune. Pierre Arnaud de Chassy-Poulay m'a rapidement dit : "Écoute, je vais céder la main, ça m'arrangerait beaucoup que tu te présentes à la présidence parce qu'il nous faut un jeune." J'avais alors 58 ans ! La jeunesse est quelque chose de très relatif ! 

Étant le seul jeune et le seul candidat, j'ai été facilement élu. Voilà comment j'ai fait la connaissance de l'académie, grâce à une organisation beaucoup plus sérieuse et triste : le Cercle d'Éthique des Affaires.

Parmi les nombreux aphorismes d'Alphonse Allais, lesquels préférez-vous ?

Ce n'est pas vraiment une question de préférence, mais il y en a deux parmi les centaines d'aphorismes qu'il a écrit qui représentent parfaitement cet humour absurde. Le premier, c'est : « J'ai décidé de vivre éternellement, jusqu'à présent tout se passe comme prévu. » Et le second, que je cite régulièrement et que j'ai mentionné lorsque nous étions à Honfleur ensemble, c'est : « Je déteste la montagne, ça cache le paysage. »

Avec ces deux aphorismes, on définit vraiment cet humour absurde que nous avons l'habitude à l'Académie d'appeler « un humour absurde raisonné ».

Chaque année, l'Académie décerne trois prix. Quels sont-ils ?

Alphonse Allais était très ami avec quatre auteurs de son époque : Lucien Guitry, Tristan Bernard, Alfred Capus et Jules Renard. Ils se réunissaient souvent chez Lucien Guitry et formaient ce qu'on appelait les "mousquetaires de l'humour". Parmi eux, Jules Renard, dans son journal, développe un humour similaire à celui d'Alphonse Allais. 

C'est pourquoi nous avons choisi de remettre le Prix Jules Renard chaque année.

Et le prix René de Obaldia, la raison ?

La raison est que René de Obaldia, qui est décédé à 103 ans il y a presque trois ans, était membre de l'Académie Alphonse Allais. Il était également membre de l'Académie française. Il disait souvent : "René de Obaldia, membre de l'Académie Alphonse Allais et accessoirement de l'Académie française."

René de Obaldia nous appréciait tellement qu'il nous a offert, de son vivant, la création et l'exploitation d'un prix portant son nom. Il a été un immense dramaturge et aussi un poète.

Alors pour conclure, pouvez-vous nous parler des anniversaires de cette année ?  

L’Académie Alphonse Allais est animée par un chancelier. Actuellement, c’est Xavier Jaillard. Cette année, en juin, à Honfleur, il passera la main à Patrice Drevet. L’Académie, ce collège de personnalités, est administrée par l'Association des Amis d'Alphonse Allais.

L'Association des Amis d'Alphonse Allais a été créée en 1934, il y a 90 ans. Comme beaucoup d'associations d'amis d'écrivains, elle se contentait de fleurir la tombe de l'écrivain une fois par an, sans faire grand-chose de plus. Cependant, 20 ans plus tard, en 1954, Henri Jeanson, célèbre dialoguiste d'origine normande, a eu l'idée de créer au sein de cette association un collège de personnalités pour médiatiser les événements qu'elle organisait. C'est ainsi qu'est née l'Académie Alphonse Allais.

Le premier académicien nommé par Henri Jeanson était Eugène Ionesco, un immense dramaturge. Aujourd'hui, l'Académie Alphonse Allais compte environ 160 membres.

Il y a 25 ans, Jean-Yves Loriot a créé le Petit Musée dédié à Alphonse Allais. Nous célébrerons ces quatre anniversaires le samedi 15 juin à 11h à Honfleur.

Merci à vous Philippe !

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