A comme … Album primo-avrilesque
En 1874, Claude Monet présente au public :
Impression, soleil levant.
La suite est connue .....
En 1882, Paul Bilhaud, auteur de comédies-vaudevilles et de chansons de café-concert expose dans un cadre doré, un tableau à la manière noire : "Combat de nègres dans un tunnel". S'est-il inspiré du dessin (une planche noire constellée de points blancs) de Bertall, publié en 1843 : "Vue de la hougue (effet de nuit), par M. Jean-Louis Petit" ?
L'histoire de la peinture ne fait que recommencer.
Alphonse Allais le prouve en publiant chez Ollendorf, le 1er avril 1897 (jour oblige), "L'Album primo-avrilesque".
C'est une petite brochure à l'italienne de 28 pages au format 19x13. En belle page et au recto seulement sont imprimées sept monochromes encadrées de vignettes, successivement : noir, bleu, vert, jaune, rouge, gris et blanc.
L'album est préfacé par l'auteur (lui-même) :
C'était en 18 ... (ça ne nous rajeunit pas, tout cela.) Amené à Paris par un mien oncle, en récompense d'un troisième accessit d'instruction religieuse brillamment enlevé sur de redoutables concurrents, j'eus l'occasion de voir, avant qu'il ne partît pour l'Amérique, enlevé à coups de dollars, le célèbre tableau à la manière noire, intitulé : Combat de nègres dans une cave pendant la nuit*
* On trouvera plus loin la reproduction de cette admirable toile. Nous la publions avec la permission spéciale des héritiers de l'auteur.
L'impression que je ressentis à la vue de ce passionnant chef-d’œuvre ne saurait relever d'aucune description. Ma destinée m'apparut brusquement en lettres de flammes.
- Et moi aussi je serai peintre ! m'écriai-je en français (j'ignorais alors la langue italienne, en laquelle d'ailleurs je n'ai, depuis, fait aucun progrès).*
*Allusion, sans doute, à la fameuse parole : Anch' io son pittore.
Et quand je disais peintre, je m'entendais : je ne voulais pas parler des peintres à la façon dont on les entend le plus généralement, de ridicules artisans qui ont besoin de mille couleurs différentes pour exprimer leurs pénibles conceptions. Non ! Le peintre en qui je m'idéalisais, c'était celui génial à qui suffit pour une toile une couleur : l'artiste, oserais-je dire, monochroïdal. Après vingt ans de travail opiniâtre, d'insondables déboires et de luttes acharnées, je pus enfin exposer une première œuvre :
PREMIÈRE COMMUNION DE JEUNES FILLES CHLOROTIQUES PAR UN TEMPS DE NEIGE
Une seule Exposition m'avait offert son hospitalité, celle des Arts incohérents, organisée par un nommé Jules Lévy, à qui, pour cet acte de belle indépendance artistique et ce parfait détachement de toute coterie, j'ai voué une reconnaissance quasi durable. Si j'ajoutai un mot à ces dires, ce serait un mot de trop. Mon ŒUVRE parlera pour moi !
ALPHONSE ALLAIS.